" N'étais-je pas en train d'idéaliser Hirondelle pour ce motif peu simple que je l'avais tuée ? Mes perceptions avaient tardé à fonctionner, à présent elles analysaient le souvenir très précis que j'avias gardé de son visage et s'extasiaient devant tant de grâce. Dire que j'avais tant rêvé d'une belle tueuse, que je l'avais enfin trouvée et que je l'avais tuée presque aussitôt ! Déformation professionnelle - quel métier imbécile ! D'elle, me restaient un cahier et quelques déflagrations dans ma mémoire.
Aujourd'hui, on qualifie couramment les belles filles de tueuses. Hirondelle, toi, tu avais tué pour de vrai. Je te revois, debout, droite, le revolver pointé sur ton ministre de père vautré dans sa baingnoire, opposant tes sobres mots de tueuse à son verbiage de mauvaise foi, ton profil pur et sévère, ton indignation superbe, tes coups de feu transformant ce bain-mousse en bain de sang, et puis j'entre, tu me vois, tu comprends que tu va mourir, avec le courage de la curiosité tu plantes tes yeux dans les miens.
Voici le moment que je fige : je n'ai jamais rien vu d'aussi beau que tes yeux de défi, tu vas me tuer, je n'ai pas peur, je te regarde, je suis le lieu où tout se passe, je suis l'action qui s'y déroule. [...] Chacun aura tué l'autre avec l'arme qui lui était particulière. C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou.Avec Hirondelle, l'histoire avait mal commencé, mais elle se termine au mieux puisqu'elle ne finit pas. Je trépasse main dans sa main puisque j'écris : l'écriture est le lieu où je suis tombé amoureux d'elle. Ce texte s'arrêtera au moment de ma mort... "
A.N.
" Car la Beauté n'est rien,
Que le début de l'horreur à peine supportable,
Et nouw l'admirons tant parce qu'elle hautainement
dédaigne
Nous détruire.
Chaque ange est horrible. "
"Jeder Engel ist shrecklich"
Rainer Maria Rilke, 1912
Ce truc me tue trow... *_*